Les
associations humanitaires (sanitaires et sociales) sont les
héritières modernes des oeuvres privées et incarnent une longue
tradition d'assistance, de bienfaisance et d'entraide. Cette
tradition remonte pour le moins au moyen-âge, et trouve l'une
de ses sources principales dans les valeurs religieuses. L'aide
aux indigents, le secours aux malades, l'assistance aux faibles
sont des thèmes constants de l'enseignement des Eglises; ils
se sont incarné selon les époques, dans des institutions telles
que les hospices et hôpitaux (dont la fonction soignante n'est
apparue que tardivement), les oeuvres paroissiales de tous ordres,
les confréries spécialisées dans tel ou tel type d'assistance,
etc.
La
mise en place, puis la généralisation en 1945 de systèmes d'assurances
sociales obligatoires a marqué un tournant décisif dans l'histoire
de la protection sanitaire et sociale des groupes et des individus,
en transformant des assistés en "ayants droit". Pour autant,
le recours aux oeuvres et associations pour accueillir les personnes
malades, handicapées, déshéritées, pour développer de nouveaux
types de services et d'action, s'est révélé particulièrement
judicieux et adapté, dés lors qu'il a permis la mobilisation
des savoir-faire et des énergies conjuguées de professionnels
et de bénévoles.
Les
associations, depuis qu'elles existent, ont adopté successivement
quatre techniques de communication: ascendante, descendante,
horizontale, et sociale. Toutes les associations ne se retrouveront
pas forcément dans cette classification, cependant chacune d'entre
elles a pu utiliser certains éléments de ces techniques de communication.
En fait, celles-ci ne sont pas l'importation pure et simple
d'outils extérieurs au monde associatif mais correspondent,
bien au contraire, à un stade précis du développement des associations.
1.
L'information descendante - première moitié du XX° siècle
Cette
époque est celle de l'information descendante. L'association
peut-être comparée à un missionnaire qui transmet ses valeurs
à son public par le haut. Autrement dit, l'association fournit
de l'information, rend compte de ses réalisations ou de ses
difficultés mais ne se soumet pas aux critiques extérieures,
au "feed-back".
Dans
cette optique, la communication a un double objectif:
-
Un objectif d'éducation populaire, qui consiste à s'adresser
à des travailleurs ou a des pauvres qui n'ont pas le temps de
se cultiver; la tâche des éducateurs est donc de conquérir et
d'organiser les temps de loisirs.
-
Un objectif plus large, qui consiste à donner à tous l'instruction
et la formation nécessaires, afin qu'ils deviennent des citoyens
aptes à participer à la vie de la nation, à les sortir de leur
ignorance, à lutter contre l'obscurantisme, enfin à assurer
leur salut sur terre. Cette notion de hiérarchie, de verticalité
dans la communication est d'ailleurs fortement liée à l'organisation
sociale en vigueur. Avec l'institution obligatoire des congés
payés en 1936, la notion de temps libre donne au secteur du
tourisme la possibilité de se développer. De même, l'institution
du régime de sécurité sociale en 1945 a une influence tout aussi
bénéfique sur l'ensemble du secteur sanitaire et social. A cette
époque, la communication est largement propagandiste et les
moyens utilisés sont sommaires. Elle devient inégale, marquée
par la volonté de l'émetteur, l'association, de soumettre le
récepteur, ses publics, à ses attentes et à ses objectifs.

2.
La communication ascendante des années 1960
Au
début des années 1960, l'urbanisation croissante ainsi que le
développement de la société de consommation engendrent de nouveaux
besoins et les associations interviennent comme des agents de
démocratisation de la vie publique locale. Elles permettent
ainsi aux personnalités locales d'accéder à des responsabilités
importantes et s'appuient sur leurs compétences. C'est l'époque
de l'information ascendante: l'association s'efforce de comprendre,
intégrer, orienter pour mieux diriger. Elle fait remonter l'information,
c'est-à-dire les préoccupations des publics qu'elle veut toucher.
Les
moyens utilisés pour communiquer se perfectionnent: il s'agit
de créer des systèmes d'écoute afin d'enregistrer et de répondre
à la demande sociale. Cependant, les techniques de communication
restent encore limitées.

3.
La communication horizontale des années 1970
Dans
les années 70, les mouvements sociaux et l'expérimentation viennent
bousculer les associations traditionnelles. Mai 1968 introduit
de nouveaux acteurs: le féminisme, l'écologie, les mouvements
de jeunesse et d'immigrés, les mouvements régionalistes et autonomistes.
L'idéologie dominante consiste en une communication dite horizontale
ou communautaire qui vise à donner aux exclus de la communication
le droit et l'accès à la parole.
Cette
forme de communication se traduit par l'apparition de nouveaux
supports tels que le super 8, la vidéo militante, la presse
locale associative, les radios-pirates. C'est au cours de cette
même période qu'apparaît la notion de segmentation des marchés.
On ne peut s'ajuster à tous les types de marchés: il faut cibler
ou segmenter ceux-ci, s'adresser à des publics différenciés
et bien déterminés. L'association découvre alors l'étude de
marché: elle prend conscience du fait qu'elle ne peut comprendre
un marché sans procéder en permanence à des études de motivation
sur les goûts et les besoins de ses publics.

4.
La communication sociale des années 1980/1990
En
quelques années, plusieurs facteurs contribuent à modifier le
paysage associatif. - L'apparition de nouvelles associations
telles que Médecins Sans Frontière (MSF), l'Association Internationale
Contre la Faim (AICF), S.O.S Racisme, les Restaurants du Cœur,
qui n'hésitent pas à adopter une stratégie de développement
volontairement agressive par le biais de l'utilisation massive
des médias.
-
L'apparition et le développement des techniques issues du marketing
direct telles que le mailing, l'informatisation des fichiers.
-
la mondialisation de certains appels à la solidarité par le
biais de la télévision ("Band Aid", concerts au profit d'Amnesty
International, etc.)
Le
monde associatif évolue, passant très progressivement du stade
artisanal à celui de l'industrialisation et devient un secteur
économique autonome.
Au
cours de cette période, la crise économique incite fortement
les associations se professionnaliser. En effet, celles-ci doivent
faire-face à un amenuisement sensible des possibilités de subventions
publiques et doivent trouver d'autres sources de financement
pour demeurer indépendantes. Le secteur associatif doit produire
son propre savoir-faire pour apporter des solutions optimales
en terme de qualité, de coûts et de délais aux demandes exprimées.
Cette
transformation des habitudes, si elle ne se limite pas aux vingt
premières associations qui attirent à elles 80% des dons des
français, peut être facilement stigmatisée chez celles-ci. Parce
que ce sont elles qui ont initié les changements et importé
du secteur privé de nouvelles techniques, c'est dans ces associations
que l'évolution a été la plus marquée et que les démarches sont
les plus affirmées.
Nous
étudierons donc ces associations même si, dans un deuxième temps,
nous verrons que des pistes de communication différentes émergent
d'associations de taille plus modeste, qui doivent développer
des solutions de communication ingénieuses à moindre coût.
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